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GemmeMomie putride

Le Hard Discount de l’embaumement

lundi 12 mai 2014, par Runegui

Fabriquer une momie est considéré comme un passe-temps coûteux à la fois en temps et en ressources. Parfois, les nécromanciens n’ont simplement pas envie de s’embêter et livrent des momies bâclées à des maîtres de donjon inconscients de la duperie... en général jusqu’à ce que les premiers relents de corruption n’agressent leurs narines.

En tant que responsable du service clientèle aux entreprises Tahmer le Nécromancien, j’aimerai m’élever contre certaines plaintes infondées : Nos procédés de conservation sont rigoureusement contrôlés par des observateurs assermentés de la caisse des donjons. Nous ne sommes en revanche aucunement responsable des sous-produits vendus sous le sarcophage par des petits rigolos freelance à des prix défiant toute concurrence. Si vous êtes assez bêtes pour acheter ça, vous mériter probablement votre sort.

Les momies sont sensées remplacer avantageusement le zombie moyen en terme d’hygiène, car les corps correctement préservés et déssiqués [1] peuvent passer une éternité à l’abri de leurs sarcophages sans exhaler autre chose qu’un délicat parfum d’aromates et de poussière millénaire. La préservation de leur force vitale par nécromancie améliore également leur puissance et leur agilité, et leur intelligence est globalement comparable à celle dont ils disposaient de leur vivant, malgré une tendance à la paresse [2]. Il est difficile de faire parler une momie, et quand elle le fait, c’est souvent pour débiter soit des fadaises ou des malédictions adressées aux vivants, soit faire des calembours. Quelques sujets particulièrement gratinés sont même connus pour leur goût des rébus, dont ils ornent patiemment leurs tombeaux, leurs tombes, leurs mausolées voire même des monuments entiers, pour peu qu’ils y soient enterrés depuis assez longtemps.

Un embaumement bâclé, en revanche, entraînera de bien lamentables conséquences, dont voici la regrettable illustration.

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Momie putride
Ill. Par Guillaume Albin

Primo : Les corps brûlés par des sels trop puissants et mal préparés deviennent cassants et raides. Leur force physique demeure inférieure à celle d’une vraie momie de qualité.

Deuzio : Les bandages de mauvaise facture et imprégnés de produits chimiques ont non seulement tendance à se dégrader rapidement, mais également à s’enflammer comme un chiffon huilé.

Tertio : une fois l’humidité à l’intérieur de la momie, elle commence à pourrir, se faisant coloniser par des dizaines de champignons microscopiques potentiellement mortels et d’autres germes bactériens atroces. Les lambeaux de bandelette et de peau corrompus que la créature sème derrière elle sont autant un danger pour les aventuriers (ce qui est bon) que pour le petit personnel et les cadres supérieurs de votre donjon (ce qui est mal).

Et finalement Quatro : L’intelligence de la momie se dégrade au fur et à mesure qu’elle se décompose, pour finalement égaler celle du zombie moyen, ce qui fera que les jolis rébus de son mausolée ressembleront bientôt aux gribouillis informes d’un gamin trisomique de cinq ans. [3]

Pour conclure cet exposé, je dirais ceci : Si vous voulez des momies chez vous, faites ce qu’il convient et mettez-y le prix au lieu de vous la jouer "j’ai un cousin qui vend pas cher sur le parking de la stipule de Falkor". La qualité, ça se paye.

A bon entendeur, salut !


[1ça veut dire vidés de leur eau, ignares.

[2On ne donne pas d’ordres à une momie, on la met quelque part et elle tue tout ce qui passe dans son territoire. À la limite, elle tolérera un ou deux larbins par mois pour le ménage et quelques scarabées.

[3Ce qui, sur le plan esthétique global, est assez navrant dans un donjon de standing.