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GemmeEnt bonzai

Un Sylvanien en pôt

vendredi 4 février 2005, par Cham von Schrapwitz

L’autre jour, j’écrivai à un ami propriétaire de donjon à propos d’un article toujours utile dans une forteresse, l’Ent en pôt. Je vous libre le contenu expurgé de mes élucubrations.

Tour de Blizdand, 3e jour de la décade des Géraniums en pôt, cité de Waldorg.

Il s’agit d’une création sortie du cerveau dérangé de Mortar l’Inexorable [1]. Mortar est un des magiciens les plus mystérieux et les plus doués de notre génération. Parmi d’autres choses, Mortar a reçu le don des langues à sa naissance. Sans être la glossolalie [2] parfaite, il pratique plusieurs millions de langues, dont la plupart ne lui servent à rien.

Mortar était un apprenti Druide qui vivait dans la forêt de Shlipak. Comme tous les druides, il apprenait l’art ancestral de la conversation avec les arbres, de la fabrication du baume d’aloès véritable [3], du contrôle mental des rongeurs et du rempotage des géraniums. Il suivait les enseignements d’un Druide chenu et reconnu du nom de Paques Monpaire [4].

Vivre dans un arbre et faire copain avec les animaux de la forêt, à poils, à plumes et à écailles, est une vie idéale pour les Elfes et pour la plupart des Druides membres de l’ordre des Bas Bacoules. Pourtant, le jeune Mortar n’avait choisi cette voie qu’à contrecoeur. Il voulait être magicien, ça le démangeait autant que sa barbe [5].

Assidu aux cours de druiderie, Mortar détestait toutes les taches subalternes, comme la cueillette des champignons, morilles et cèpes. Il ne se faisait pas à l’équilibre inexorable prôné par les Druides. La moindre route, la moindre destruction de nid de mésange mauve tachetée, le moindre arbre arraché énerve ces écolos cintrés du Grand Conseil Druidique. Je suis pour ma part assez brouillé avec eux, ils n’apprécient pas mes petites expériences avec des geysers de lave et des pluies de magma. Cela dit, une fois changés en statues d’obsidienne, leurs barbes et leurs pagnes en herbes deviennent très décoratifs.

Mais je m’égare. Aux morilles [6] était parti un jour le jeune Mortar, qui ne revint jamais. Lassé de proner l’équilibre et le dialogue constructif pour le maintien du non changement dans l’inexorable nature inchangée, il décida de partir seul, et d’apprendre la magie de manière empirique, usant de ses quelques pouvoirs druidiques comme base de travail. Ce n’était pas très protocolaire, mais au fond, qui voudrait d’un druide de protocole, pratiquant plusieurs millions de formes de communication ?

Bref... (je vais prendre l’air)...

Mortar, parti pour le Bois N’tamela, commença par se construire une tour de magicien. C’est le minimum syndical pour être pris au sérieux dans le métier [7]. Ensuite, il se mit à faire des expérimentations avec les créatures qui lui tombaient dans la main. Il travailla pendant de nombreuses années, et un petit village d’orcs et de gobelins plus ou moins mutants se forma autour de chez lui. Il croisait un tas de plantes et d’animaux. Le gobelin croisé avec un buisson de ronces produisit un monstre assez débile dont il vaut mieux s’abstenir de cueillir les mûres. Quant au croisement entre un rat, une violette et un cèpe, il fit les beaux jours des cuisines trolles de Fangh [8].

Mortar avait de bonnes idées, et un grand sens pratique. Il était fasciné par l’art des bonzaïs, un truc raffiné amené sur la Terre de Fangh par des Meuldors de la lignée de Siusse le Confus. En outre, il appréciait les Ents pour leur force, leur endurance et leur capacité à poutrer les aventuriers.

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Ent Bonzaï
Illus. Guillaume Albin

L’Ent en pot était né. Ce bonsaï sylvanien mesure en général un pied de haut. Il s’agit de jeunes Ents (pas plus de 800 ans) capturés en forêt par les sbires de Mortar. Ils sont ensuite soumis à une série de sorts de contrôle des végétaux. Cela les rend encore plus sourds que les Ents normaux, déjà passablement durs... de l’écorce. Du sang de Troll adjoint à un engrais spécial accélère leur métabolisme, tandis que leur croissance est contrainte par des ligatures magiques élaborées. Cet engrais spécial, vendu seulement par Mortar, coûte une fortune. C’est pourquoi l’achat d’un Ent en pot est souvent un attrape couillon.
Pour ma part, j’arrose les miens avec un mélange de sang de Troll, de gobelin pilé, de fumier d’ogre et de boudin de Valtordu. C’est pas très régulier, mais ça marche [9].

L’Ent en pôt est une créature intelligente, mais dotée surtout d’une force hors du commun. J’en ai vus attraper des ogres du Chaos et les envoyer en l’air avec la même facilité qu’un Troll Berzerk lance un Nain anorexique [10].

Hormis une propension à laisser des feuilles mortes et du terreau un partout quand il sortent de leurs pôts, l’Ent en pot est un monstre facile à vivre. Il lui faut un terreau souple, dans lequel il passe la plupart de son temps, de préférence dans un coin ombragé et pas trop venteux. En outre, ils ont parfois une conversation intéressante, quoi que je ne suis pas fan des blagues en entique sur les bourgeons et les lichens.

Attention toutefois : Ils sont très vulnérables au feu (je ne m’en plains pas) et la "Binette +4 de Nicolas le Jardinier" leur cause la Peur(TM).

L’un dans l’autre, une paire d’Ents Bonzaïs en pot ne dépareillera aucun donjon, et se révèle toujours utile pour surprendre des aventuriers blasés par les rats mutants, les ogres géants, les zombies et les liches.


[1personne ne sait le pourquoi de ce surnom. Pour ma part je pense qu’il est inexorablement fou. Ainsi sont parfois les magiciens. (toute remarque désagréable sera suivie d’une boule de feu dans votre face

[2vous avez de bon dictionnaires dans le commerce, au cas ou vous seriez inculte ou étudiant en lettres, et ignoreriez ce que veut dire ce mot (c’était la séquence "Cham se la pête avec des mots ridicules")

[3je soupçonne certaines magiciennes Elfes Noires d’en user et d’en abuser pour garder un teint invisible de jeunesse

[4j’ai vu plus con comme nom d’écolo

[5essayez de vivre pendant 2 ans dans la forêt sans vous laver ni vous raser, vous verrez bien si cela ne vous démange pas

[6Que Brassens soit loué, meublé ou non !

[7ce n’est pas très juste. En fait il commença par un sacrilège druidique : il prit un bain et se rasa.

[8bin quoi ? Moi j’aime bien les ratviolets aux cèpes

[9je décline toute responsabilité au sujet des quelques moutons que mes ents en pot égorgent dans les prés

[10pas très courant je vous l’accorde