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GemmeGenèse des Drows

Ou elfes noirs, ou elfes du Chaos

jeudi 21 octobre 2004, par Nak’hua Thorp

Les origines d’un peuple aussi secret et fascinant que les elfes noirs valaient bien un petit laïus, en marge des grandes fresques historiques ayant mené à la chute de leurs cousins, et dont eux-mêmes, pas fous, se sont toujours tenus soigneusement à l’écart.

Au commencement était l’Elfe.
Ça nous fait mal de l’admettre, mais c’est vrai.

Les drows, tout comme les elfes sylvains, les elfes de rivière et les elfes à narines bleues, sont les descendants de la lignée originelle des Meuldor. Si l’on compare l’évolution de ces peuples, il semble évident qu’il y avait quelque chose de pourri dans la répartition génétique de l’espèce, car si les premiers ont hérité de la soif de connaissance des premier elfes [1], de l’autre côté, on ne retrouve que leur blondeur fadasse et leur côté chiant. L’illustration la plus extrême de cette dégénérescence se trouve à Glandorn, où les trolls vont aux elfes comme on va aux champignons : en les ramassant par terre.

Une théorie farfelue veut que l’elfe noir, au même titre que l’orc ou le gobelin, soit une facétie de Khornettoh, modelée à partir d’un Meuldor trempé dans le goudron et les plumes. Il va de soi que le dernier qui a soutenu cette théorie devant moi est à présent l’attraction vedette de mon aquarium. Ce qui me fait penser qu’il est temps que j’envoie un gobelin nourrir les poissons [2].

La vérité, c’est que notre peuple est issu d’une branche dissidente de la lignée Meuldor, qui, au contact des humains, avait commencé à ouvrir son esprit aux joies du Chaos. Ce groupe, essentiellement constitué de jeunes qui n’avaient jamais connu les voiliers, se présenta un beau matin d’hiver aux portes du palais de Slanoush. Le dieu écouta leur requête et accepta de leur enseigner une part de sa sagesse. Tout l’hiver, les elfes apprirent l’interprétation des rêves, les blagues de cul et de nouvelles applications pour leur légendaire souplesse, avec l’aide de la déesse Lafoune qui était toujours prête à participer à ce genre d’opération pédagogique. Puis ils repartirent, pour étudier auprès des autres dieux du Chaos.

Pendant tout le printemps, Khornettoh leur enseigna le maniement du kriss et du shuriken, les chorégraphies guerrières qui font peur à l’ennemi, mais aussi les joies de l’attaque sournoise par derrière. Puis vint l’été, et ce fut Tzinntch qui leur montra les secrets de la nécromancie, de l’alchimie et de la métamorphose. A l’automne, Niourgl les enserra dans ses innombrables tentacules et leur vola leur immortalité. Sans la perspective de la mort, disait-il, comment pouvait-on garder à l’esprit les choses essentielles de la vie [3] ? Mais sur ces entrefaites, Dlul arriva pour jouer aux cartes, et Niourgl oublia de préciser l’espérance de vie des elfes du Chaos, qui resta infinie. Et tous ensemble, ils firent une sieste rituelle de quinze jours pour achever l’apprentissage.

A présent, les dieux devaient apposer la marque du Chaos sur leurs nouvelles créatures, un peu comme on inscrit sur un carrosse le nom du carrossier et le nombre de chevaux. Afin de mettre à l’épreuve leur sagesse nouvellement acquise, les elfes du Chaos furent invités à choisir eux-mêmes la nature du sceau qui les lierait à jamais à la terre de Fangh.
Alors Porsank’wen, le plus sage du groupe, s’avança et parla au nom des siens.
"En l’honneur de Dlul, nous qui sommes plus clairs que le jour, nous serons plus sombres que la nuit. Et nos cheveux d’or deviendront cheveux d’argent, parce que c’est vachement destroy."
Ainsi parla Porsank’wen, et ainsi fut fait.

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Ma petite soeur Isang, réputée pour sa peau claire, "pas assez chaotique" selon certains.

Lorsque les elfes du Chaos foulèrent à nouveau la terre des mortels, la dégénérescence des Meuldors avait déjà commencé. Certaines elfettes leur demandèrent même où ils avaient eu un aussi beau bronzage, et furent livrées fissa au premier troll venu, pour le bien du patrimoine génétique commun. La rupture avec la lignée originelle étant totale, les elfes noirs, comme on les appelait désormais, évitèrent pendant des siècles tout contact avec les autres elfes.

De nos jours, les relations entre cousins sont meilleures, mais il ne faut pas le dire trop fort : nous avons notre fierté !

Quant au terme "drow", nous préférons ne pas révéler son origine aux étrangers. Cependant, je vais briser ce vœu de silence, ne serait-ce que pour faire taire les rumeurs que l’on entend parfois dans les salles de classe. Les étudiants qui passent par la fenêtre, ce n’est pas bon pour attirer les générations suivantes.
Alors voilà : "drow", dans notre langue secrète, signifie tout simplement "au lit !"

Mais qu’il soit clair que le premier qui l’ébruitera hors de l’Université Donjonnique de Sorcellerie servira de nourriture à mes poissons.

Nak’hua Thorp


[1Pour quitter sa terre natale à bord d’un voilier sans espoir de retour, il faut quand même être rudement débordant de curiosité, ou alors, avoir une guerre de religion aux fesses, ce qui ne semble pas avoir été le cas des Meuldor.

[2Je ne m’en occupe plus moi-même depuis qu’on m’a ramené ce magnifique spécimen des fleuves du Sud, qui fait des bonds majestueux hors de l’eau pour me dévorer les doigts, même quand je suis invisible.

[3A peu de choses près, "tant de conneries à faire et si peu de temps !"