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GemmeGrèves chez les Nains

Naissance du mouvement social

vendredi 16 octobre 2015, par PenOfChaos

Il faut bien comprendre ici que les nains sont des précurseurs en matière de conflits sociaux. Ils ont été à la pointe de toutes les découvertes majeures dans ces domaines, ayant compris très tôt qu’il était nécessaire de s’organiser pour pouvoir efficacement râler contre leur prochain.

Depuis la nuit des temps, ils se plaignent ainsi de tout et de rien, agissant la moitié du temps par besoin de s’affirmer et l’autre moitié par appât du gain. Depuis le milieu de l’Ère du Chaos, et avant même d’avoir compris le sens de l’adjectif social, ils avaient inventé la grève, la syndication et les rassemblements revendicatifs. Comme il suffit d’un rien pour se fâcher, on a souvent affaire à de véritables cascades de débrayages, avec des coalitions étranges nées un jour et mortes le lendemain, et des problématiques qui se retrouvent soudainement urgentes alors qu’elles n’avaient jamais gêné personne auparavant.

Ainsi, la fameuse grève du Syndicat des Charcutiers, en 503 du Premier Âge, avait été initiée par le cuisinier Frodil, lequel déclara un beau jour que son travail était trop pénible en été à cause de la chaleur des marmites et des fours. Ce désordre avait été suivi de peu par la grève du Conglomérat des Boulangers Amicaux, et celle de l’Association Véhiculée des Négociants en Porc, touchés par la baisse d’activité liée au débrayage des précédents. Ils avaient, de fait, rendu plus pénible le travail de la Fédération des Chasseurs Barbus des Montagnes, puisque ceux-ci s’étaient retrouvés avec deux fois plus de travail - et qu’il faisait toujours chaud. Les chasseurs s’étaient donc déclarés grévistes seulement deux jours plus tard. L’Association des Mineurs des Bas-Fonds n’avait pas tardé à suivre, les piocheurs agacés par le fait qu’ils ne pouvaient plus préparer leurs sandwiches avec des produits charcutiers lorsqu’ils descendaient faire leur travail quotidien dans les puits les plus profonds, et qu’ils en avaient profité pour faire remonter deux ou trois problèmes liés à leurs conditions de travail : mortalité élevée, précarité des installations de soutènement, difficulté d’accès aux urinoirs et gestion hasardeuse du ravitaillement en bière. Ils déclenchèrent à leur tour un mouvement social au Syndicat de Maintenance des Ascenseurs, puis au sein de la Coalition des Poseurs de Rails et celle-ci rebondit jusqu’à la Société des Tailleurs de Gemmes Rares. D’une grève à l’autre, cette réaction en chaîne avait finalement abouti à une cessation quasi générale de toutes les activités artisanales ou industrielles, à tous les étages et dans tous les corps de métier de la mine. Une situation inextricable s’était installée.

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Les Nains à la mine
Illustration : Guillaume Albin, éditions Le Grimoire

Les nains affamés et déroutés se chicanaient alors pour un rien, saisissant l’occasion pour régler de vieilles querelles de famille ou tenter de récupérer les biens d’un concurrent. Le conflit avait fait plusieurs centaines de morts et causé une vague de famine qui s’était étendue de Mir-Nodd jusqu’à Audiair et Hyjup, les mines les plus à l’ouest. On avait même parlé à cette époque de « la fin du peuple nain », jusqu’à ce qu’un dirigeant à peu près lucide déclare de façon solennelle que « L’été, il fait chaud, et on n’y peut rien. Utilisez donc un éventail. ». Frodil avait alors accepté de retirer sa plainte et tout le monde avait retrouvé le chemin du travail en ronchonnant.

Malgré cette regrettable affaire, cet épisode un peu sombre de l’histoire qui fait à présent partie de la mémoire collective, les nains n’ont jamais vraiment évolué dans leur façon de négocier. Il faut forcément qu’ils râlent.

Certains érudits prétendent que cela finit par se ressentir dans leur façon de vivre au quotidien, aussi bien que dans leurs rapports avec les autres peuples. Des théories qui restent à prouver.


Extrait du roman "Chaos sous la Montagne", de John Lang, aux éditions Octobre.