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Basilic

L’ultime produit dégénéré de la biotechnologie de comptoir
vendredi 6 mars 2009. par Runegui
 
Il y a approximativement 450 ans, un paysan du nom de Kek Sassan fut retrouvé pétrifié dans son poulailler ; il était devenu sans le savoir le malheureux inventeur d’un des monstres les plus chiants de toute l’histoire du fantastique.

Le basilic est une créature malfaisante, aux formes grotesques et possédant six pattes, tenant à la fois du poulet dégénéré et du lézard myope. D’une nature franchement chaotique, chaque basilic peut disposer de caractéristiques uniques (tête supplémentaire, encore plus ou moins de pattes, des ailes atrophiées, un bec...). Pouvant atteindre jusqu’à 6m de long et vivre plus de 50 ans, ces choses sont parmi les plus dangeureuses que puissent rencontrer des aventuriers de niveau intermédiaire.

Basilic "type"
Illus. Guillaume Albin

— Genèse —

D’après la légende, le basilic serait le produit d’un accident du à la négligence et à la surexploitation sans conscience du poulet ; je m’explique :

Kek Sassan et son frère (Sété Pamoi) avaient une poule et un coq, et caressaient l’ambition de monter une exploitation volaillère à moindres frais. A la cinquième génération, la consanguinité de leurs poulets était telle que des anomalies significatives apparurent sur les poussins. A la seizième, les poules lisaient le journal et les coqs pondaient.

Kek et Sété connaissaient bien les anciennes légendes, qui parlaient de la monstruositée qui naîtrait du septième oeuf d’un coq ; c’est pourquoi ils résolurent de détruire leur poulailler et de fuir le pays. Malheureusement, un oeuf parvint à éclore. Nulle description de la créature ; il semblerait qu’elle se soit volatilisée après avoir tué ses deux maîtres. Certains témoins de l’époque (des elfes, dont le témoignage vaut ce qu’il vaut mais c’est mieux que rien) racontent qu’une chose à moitié couverte d’écailles et de plumes est passée près de chez eux, pétrifiant les marmottes et les écureuils avant de s’enterrer profondément dans le sol. 77 ans plus tard, les premiers basilics apparaissaient dans le monde.

— Le basilic et la baston —

Vous voulez en découdre avec le lézard pétrifiant des collines maudites pour la tête duquel le bailli local promet 6000 pièces d’or ? Engagez un magicien compétent dans le lancement du sort "Transmutation de la pierre en chair" [1]. C’est mon seul conseil. En effet, si les attaques physiques du basilic sont déjà dangereuses, son principal pouvoir est de changer en pierre toute créature qui croise son regard ; et avec un tel strabisme divergent, il peut pétrifier jusqu’à 3 ou 4 personnes par round.

Rassurez-vous : des siècles d’expérience dans ce domaine ont permis aux sorciers zoologistes de trouver des parades à cette ennuyeuse capacité [2]. Parmi les plus fameux, notons le mouchoir sur les yeux (marche à 100% mais rend vos guerriers inutiles ou presque, à mouliner dans l’air comme des glandus), ou encore le sort de "ténèbres, rayon de 10 cm" centré sur les yeux du basilic.

Certaines rumeurs font également état de basilics qui, au fil des mutations, seraient devenus membres d’une sous-race plus grande (10 mètres de long et plus !) ayant développé les traits maléfiques de l’espèce à l’extrême (parfois aussi jusqu’à l’absurde). Ces grands basilics seraient incomparablement plus mortels, pouvant causer la mort à la fois par leurs yeux, mais aussi par leur souffle. Les rares soi-disant témoins traumatisés racontent que quiconque est touché par le souffle du grand basilic est instantanément transformé en bouillie répugnante et corrompue.

— Moeurs Familiales —

Les rares aventuriers à avoir observé les basilics disent tous la même chose : il n’ont aucun intérêt. Ils ne parlent pas, ne jouent pas aux échecs et ne montrent aucun signe d’un potentiel social quelconque. Les basilics sont farouchement solitaires, ne tolérant leurs semblables qu’en période de reproduction [3].

Une femelle basilic typique peut pondre de 4 à 6 oeufs par an, dont seule la moitié arrivera à termes. Les petits sont alors chassés du nid, car ils sont vraiment très très laids [4]. Les jeunes basilics chercheront alors à rejoindre la mer, comme les tortues. Ne la trouvant pas (ou alors ils se noient, ce qui explique qu’il n’y ait pas de basilics près de la côte), ils s’enterrent dans le sol meuble durant 77 ans, temps nécessaire pour accomplir une stupéfiante mutation vers leur forme adulte.

A leur sortie du sol, les jeunes basilics chercheront une caverne, donjon ou autre endroit gluant et sombre pour commencer à terroriser la région, à moins qu’un maître de donjon inconscient décide de les faire capturer pour les ajouter à sa ménagerie [5].

— Le basilic au naturel —

Les rares maîtres de donjon s’étant lancés dans l’élevage du basilic nous ont laissé assez de documents pour établir qu’un basilic moyen se nourrit de charognes ainsi que des statues qu’il produit, la pierre transmutée redevenant de la chair au contact de ses sucs gastriques. Un approvisionnement d’un aventurier par semaine est un minimum, deux ou trois étant le juste nombre pour éviter que votre basilic ne s’empâte ni ne maigrisse.

Le guano de Basilic est un excellent fertilisant pour limons verts, ents en pot, lianes tueuses... l’ennui est qu’il faut trouver un moyen de le récupérer !

— Gastronomie et Bioéthique —

Oui, le basilic est détestable. Oui, le basilic est dangereux. Mais il y a toujours eu des tarés pour aimer ce qui est dur à obtenir et cher à acheter.

Tout commença par la découverte étonnante de Grumjol Panseronde, un cuistot barbare spécialisé dans la nouvelle cuisine. Ayant découvert un vieux tome de Connaissance Gastronomique [6], Grumjol partit en quête des ingrédients de la fameuse recette de la "Sauce Tomate au Basilic". Les tomates, c’est facile, mais le basilic c’est moins évident. Toujours est-il qu’il parvint à se procurer un basilic frais, et qu’il découvrit que la chair du basilic a un goût de poulet.

Aussitôt, les nobles de toutes les villes et royaumes du monde se mirent à désirer faire un festin de basilic. Grumjol devint très riche et finit sa vie dans la débauche [7], tandis qu’enfin le basilic redevenait membre de la chaîne alimentaire [8].

Certains magiciens s’élèvent d’ailleurs contre cette pratique, prétextant que le basilic est une vraie mine de composants magiques pour leurs potions, encre et baumes lénifiants. Ils expliquent qu’un basilic étant une créature chaotique, laisser des gens en manger n’est pas non plus la meilleure idée au monde ; d’un autre côté, la CDD étant le plus gros fournisseur de viande de basilic (par le biais du contrat d’aventure), elle fait barrage à tout changement en prétextant qui si nous ne les mangeons pas, eux le ferons un jour.

— Conclusion —

Je n’ai pas grand chose à ajouter sur le basilic. Vous pouvez en observer un empaillé à Glargh au Musée d’Histoire Surnaturelle du Zoologium.

Demain, nous parlerons de la Vouivre.

Sortez dans le calme !

William Lakkro, enseignant émérite en Zoo-Absurdologie Comparée, en chaire à l’Université de Glargh.

[1] Et veillez à ce qu’il ne soit pas le premier pétrifié...

[2] Tous ces moyens ont été testés sur aventurier avant, ils sont donc à peu près sûrs, sauf si vous tombez sur un charlatan !

[3] C’est d’ailleurs à cette période qu’ils sont le plus agressifs, car ils doivent amasser beaucoup de trésors brillants pour attirer les femelles.

[4] En plus, leurs cris sont ridicules : "Tchip-kuêêêrk".

[5] Combien faut-il d’orcs pour capturer un basilic ? Réponse : 1... 2... beaucoup !

[6] La fameuse magie des Hobbits...

[7] mais ça ne vous intéresse quand même pas, si ?

[8] Juste sous le noble, qui est un des plus gros prédateur du monde connu. Certains bouffent de l’hydre de lerne et du catoblépas, c’est dire.


 

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